Récit de naissance d'Elias Lorsque j'ai appris que j'étais enceinte, j'ai voulu vivre une naissance différente de celle de Sam. Je voulais accompagner mon bébé dans tout son trajet du ventre jusqu'au-dehors. Je me suis renseignée sur les maisons de naissances, j'ai beaucoup lu sur les naissances physiologiques. Et j'ai pris ma décision. Cette naissance sera sans péridurale et 100 % physiologique, de la folie mais un challenge tellement génial pour moi. Au départ, je voulais un accouchement à la maison, mais mon gynécologue me l'avait déconseillé. Au final je me rend compte que j'aurais pu le faire mais il n'y avait pas de sage-femme disponible. J'ai donc appelé une maison de naissance sur Pontoise PAMANA. Elle a fermé en juin et j'ai été redirigée vers ANAE à Eaubonne. J'y ai rencontré les ⅔ sages-femmes qui allaient m'accompagner. Pendant les 4 ou 5 derniers mois, je me suis préparée à l'accouchement avec les cours de Karine la sage-femme. Elle y parle du vortex et ses différentes étapes. Je me souviens exactement par où et quand j'y suis passée. Et là débute mon histoire. Vendredi 14 juin 37sa Nous avons rdv pour une échographie de contrôle. Je donne quelques détails à la sage-femme. Elle me dit par la suite que le poids estimé sur ce jour est de 3680g et qu'à la sortie, tu feras 4 kg voir 4k100. Ça ne m'étonne pas plus que ça puisque Samuel était estimé aussi à ce poids, mais à la naissance à 39sa3. D'après mes analyses sanguines tout va très bien. Pas de diabète gestationnel ou autre. Elle ne m'en dira pas plus puisque de toutes les façons il n’y a rien à faire. J’en discute avec ma nièce R qui m’encourage sur le fait de ne pas me laisser prendre dans ce genre de piège, qui peut tout simplement me mettre en condition pour justement un futur déclenchement ou autre. Mardi 18 juin 37sa4 J'ai rendez-vous pour mon suivi avec ma sage-femme. Je lui explique que depuis la veille 23h, j'ai des contractions assez régulières et quelquefois douloureuses dans les reins. Elle me dit : "ah, mais ça bouge alors c'est peut-être pour bientôt". Moi intérieurement, je sentais que tu étais très haut et que mon col n'avait pas du tout bougé. Je lui dis qu'elle peut vérifier pour m'encourager. Ce qui se fait. Et là elle me dit avec un air un peu dépité : "y a rien qui a bougé choupette. Ton col est bien haut, bien tonique et bébé aussi est à perpette". Et je lui réponds : "J'en étais sûr. Depuis 4 mois et demi j'en ai et ça n'a strictement rien changé". Elle me fait un monito et elle voit que je contracte régulièrement donc pas faux ce que je racontais. Sur le coup, j'avoue, je suis un peu déprimée. Elle m'explique qu'à part faire du ballon et marcher, c'est bébé qui décidera de descendre. Je sors de là vraiment avec le moral bas et je me dis qu'il arrivera quand il voudra. Je commence à lâcher prise. Et de toute façon Sam est arrivé à 39sa3 et on y est pas encore. La journée passe et les contractions s'estompent, sans vraiment s'arrêter. Elles redeviennent comme d'habitude. Jeudi 20 juin 37sa5 C ma sage-femme m'appelle en me disant que le médecin de la filière ANAE souhaite que je passe en filière normale (accouchement dirigé la plupart du temps, péridurale d’office etc., pas de liberté particulière ou beaucoup moins). Mon utérus est cicatriciel et j'ai trop de liquide amniotique et le bébé est "gros". Alors il vaut mieux que j'ai un suivi un peu plus rapproché en salle de naissance, car il pourrait y avoir un risque de rupture utérine. Sur le coup, je me dis, voilà tout s'effondre. Ça fait un peu plus de 7 mois que je me prépare et voilà que tout tombe à l'eau. C me rassure en me disant que malgré tout, mon projet de naissance sera respecté jusqu'au bout. Elle me dit que lundi matin, les médecins vont discuter de mon dossier. Entre nous, je sais que "discuter" veut dire prendre une décision qui sera soit déclenchement ou une césarienne. Je dis de suite à C que je ne souhaite aucun des 2. Elle me dit que tout mon projet de naissance sera respecté à la lettre et qu'elle est vraiment désolée pour moi. Je passe ma journée à continuer le ménage, je veux que la maison soit toujours propre. Je suis dans l'embarcation à ce niveau-là. Je discute avec R, ma nièce qui me remonte le moral en me disant que ce n’est pas grave. De toutes les façons, il faut que je fasse tout pour faire respecter mon projet de naissance. En l’écoutant, je retrouve un peu de courage. Dimanche 23 juin 38sa2 La nuit se passe comme à son habitude, contractions sur contractions et petite nuit entrecoupée de réveils. La journée, je n'ai absolument rien envie de faire, j'ai une flemme de fou, je reste affalée dans le canapé, j'ai juste envie d'être seule et de dormir. J'en ai marre d'être enceinte, mais en même temps, je voulais que bébé arrive quand il voudra. Vers 16h on décide d'aller faire un tour à la supérette à 15 min aller retour de la maison, on prend des glaces, un peu de tout pour faire à manger, quelques réserves, comme d'habitude. J'appelle ma grand-mère, on papote et tout. Bref, un dimanche parmi tant d'autres. Sauf qu'on ne savait pas à ce moment que c'était notre dernier dimanche à 3. En arrivant, j'étais tellement hs que j'ai dit à mon mari : "ce serait marrant si cette petite balade déclenche la naissance demain..". Et je vais ensuite finir le couffin dans la chambre de mon fils, et une fois monter, je me dis intérieurement : "ça y est bébé, tu peux venir, officiellement tout est prêt, il ne reste plus que toi. Tu viens lorsque tu seras prêt, mais nous, on est prêt.". La soirée passera sans plus. Rien de bien particulier sauf au moment de dormir. S n'a jamais été aussi excité pour dormir. Il me parle de bébé non-stop en me disant: " bébé là-bas, bébé là-bas". Alors je lui dis que bébé est dans mon ventre. Mais il insiste. Étant croyante, je sais que les enfants ont une très grande sensibilité. Peut-être que l'âme de bébé venait à ce moment de faire un tour chez nous qui sait. Il mettra un temps fou à s'endormir. Moi, j'aurais encore plusieurs réveils dans la nuit. Je sens bizarrement que je suis pleinement dans l'embarcation à ce moment-là. Lundi 24 juin 38sa3 À 6 h 10, je me réveille comme d'habitude. Ça tire un peu dans le dos, mais c'est tellement faible que je me demande si ce sont des contractions ou des douleurs lambda du dos. Je pense à mon bébé. J'y pense beaucoup. Je suis toujours dans l'embarcation. J arrive au salon pour prendre son petit-déjeuner. On se fait un bisou le matin. Je dors dans le salon depuis quelques jours, car j'ai du mal à me lever du futon qui est au sol. On échange vite quelques mots, mais j'ai l'impression de ne plus "être là". Au moment de partir au travail, je lui dis : "Pour info, j'ai eu quelques contractions cette nuit et j'ai un peu mal au dos, donc garde ton tel sous la main, on ne sait jamais.." Et lui me répond : "pourquoi ? C'est le jour J c'est ça tu penses ?" Moi : "j'en sais rien, je ne sais plus, mais garde ton tel ouvert et à proximité". Il part et moi, je me dis que comme je n'ai pas sommeil, je vais écouter et lire de nouveaux mes cours de Karine. Je regarde juste les 5 ou 6 premières leçons avant de me ré endormir dans un semi-sommeil. J'envoie un petit message whatsapp à ma nièce en lui expliquant que j'ai prévu de sortir avec mon garçon et je me rendors. Elle me donne pas mal de conseils sur mes douleurs et les positions à prendre pour me soulager. En y repensant aujourd'hui, elle m'a prodigué quasiment les mêmes conseils que j'aurais pu avoir si j'avais pu avoir mon accouchement à domicile. À 9 h 40, précisément, je ressens un claquement à l'intérieur et je sens que ça coule. Je mets peut-être 5 secondes à comprendre que c'est la poche des eaux que je viens de percer. Je me dirige immédiatement aux toilettes pour ne pas inonder le salon. Mon fils me suit et là me dit : "maman pipi maman pipi". Sur le coup un peu choqué, je lui ai dit : "oui maman a fait pipi". Mais plus tard, je lui ai expliqué que j'avais perdu les eaux et que bébé arrivait. J'appelle J et je lui dit: "chéri j'ai perdu les eaux et ce n'est pas une blague, rentre tout de suite, j'ai 1h devant moi avant de devoir aller à la maternité". Entre temps, j'avais appelé ma sage-femme pour savoir ce que je devais faire après la perte des eaux. Puis j'ai envoyé un message en panique totale à ma nièce qui m'a littéralement prise sous son aile durant toute la journée. Pendant les 1 h, je finis mon ménage, je m'occupe comme je peux pour ne pas stresser et garder une ambiance la plus sereine possible pour mon petit garçon de 2 ans. Je finis de préparer son sac, car il va venir avec nous, ma sœur viendra dans la journée le garder à l'hôpital et on fera au feeling. Sur la route, tout se passe bien. On arrive vers 11 h 30, la sage-femme fait son contrôle et mon col est fermé, bien haut, et rien qui ne fait penser à un futur accouchement. Elle m'explique que si rien ne se passe d'ici 24h il y aura un déclenchement ! Ah ce fameux déclenchement que je ne voudrais pas avoir. Je décide donc de tout faire pour avoir mon bébé avant la fin de la journée. Comme je suis loin de chez moi et que la poche des eaux est percée, je ne peux plus rentrer chez moi. Alors ma sage-femme A me propose gentillement de m'ouvrir la salle de préparation à la naissance. Il y a des ballons et tout ce qu'il faut. Joie joie joie je vais pouvoir faire avancer les choses. J'en parle avec ma nièce qui m'indique quelques mouvements et huiles à utiliser. Le prochain contrôle est à 18 h. En attendant, je me shoote à l’aide de mes fabuleuses huiles essentielles. 14 h 20 Les douleurs dans les reins sont supportables, comme je suis bien entourée avec ma petite sœur, au frais dans la salle de prépa, avec mon fils et mon mari, tout va bien. Je suis toujours sur mon ballon. On a mangé un bout, car on avait tous très faim. Les contractions s'étaient arrêtées, mais elles reprennent du service. 15 h 00 J'ai une forte envie d'aller aux toilettes déposer mon colis. En général, c'est que ça avance plutôt bien... 15 h 30 Je commence à vouloir être dans ma bulle pour gérer les douleurs des contractions assez fortes. Je pense à ce vortex et je me dis que j’avance plutôt bien. Je me sens bien, tranquille, zen. 15 h 50 Les contractions se font de plus en plus fortes, je les gère toujours sur le ballon. Je commence à devoir souffler le col comme l’explique Karine dans ses cours. Alors je fais des huuuuum graves et ça me soulage énormément. Je m'isole avec ma musique en regardant mon fils jouer dans la salle. Ma sœur fait une sieste et mon mari lit sur son téléphone. Mon fils joue à côté et paraît ne pas se préoccuper du tout de ce qu'il se passe. J’ai l’impression d’être en shoot total, sûrement les hormones qui travaillent pour me soulager, ca fait un bien fou. 17 h 00 Ca continue. Je n'ai pas l'impression que les contractions soient efficaces. Comme S est toujours allaité, je me dis qu'il pourrait me donner un coup de pouce en tétant. Je n'ai pas eu tout faux. À peine commencée que 2 ou 3 grosses contractions en l'espace de 5 minutes de tétées. Je les ai bien sentis. 17 h 50 Je vais faire mon contrôle et la sage-femme m'annonce que je suis à 2 ou 3 pas plus. Je suis un peu déçue quand même. Car ça ne fait pas beaucoup depuis ce matin. Alors je ne perds pas espoir. Je continue le ballon. Entre temps A nous dit qu'elle ne pourra pas laisser la salle de prépa ouverte après 19 h, mais que peut-être que C pourra nous ouvrir si on la croise. Alors à 19 h, on libère la salle. Les contractions sont des plus en plus proches et me font mal. Je n'ai pas le courage de trop manger. J'ai plus envie de mobiliser mon bassin car ça me soulage. Je crois qu'elles sont toutes les 6 min, parfois 7 parfois 8. Le vortex, je sens que je monte d’un cran. Je discute toujours avec R qui m’indique comment m’y prendre, comment souffler. J’avais vraiment l’impression d’avoir une sage-femme privée par whatsap. Le bonheur en quelque sorte. À 20 h, pile j'ai une grosse mais très grosse contraction qui me coupe le souffle. Je crois que c'est à ce moment que C est arrivée et nous a rouvert la salle de prépa. On a pu s'y installer et moi, me mettre de nouveau à fond sur le ballon. 21 h 30 Je n'ai plus le choix. Les contractions sont belles et bien là et je n'ai pas d'autres solutions que de faire des huuuums très graves à chaque fois. Je ne sais plus a combien d'intervalles, mais je me souviens qu'elles étaient toutes les 4 ou 5 min pas plus. 22 h 10 Contrôle de nouveau, je suis toujours à 4 pour le moment. J'ai dû prendre les escaliers pour monter, car l'ascenseur faisait des siennes. Juste avant de partir de la salle de prépa, quelque chose m'a dit que je n'allais pas revenir cette fois. Juste avant j'avais donné quelques instructions au cas où j'ai besoin d'aide là-haut. Qui aurait cru que ça aurait servi dans les 30 prochaines minutes à peine. Pendant que je parle avec la sage-femme, en l'espace de 10 min même pas, j'en ai 3 voir 4. Elle trouve que je gère plutôt bien jusqu'à présent. Moi aussi, je trouve que je gère plutôt bien pour le moment. On me met sur le monito, allongée. Ça fait vraiment mal. 22 h 40 Je lance un message de détresse sur le groupe qu'on a créé pour la journée et je demande à l'un des 2, ma sœur ou mon mari de venir illico presto, car j'ai vraiment très mal et besoin de soutien. Comme S a besoin absolument aujourd’hui, de rester soit avec moi soit avec son papa, c’est finalement ma sœur qui monte. Je préviens ma sage-femme aussi que là ça commence à piquer. Je ne sais même plus à quels intervalles sont les contractions. La sage-femme demande si je souhaite qu'elle vérifie. Je dis oui sans hésiter pour être encouragée. Et elle me dit : "En l'espace de 30 min, tu es passée de 3 à 6, et il ne reste pas beaucoup. Ton bébé va bientôt arriver. Je suis terriblement contente. M arrive, je m'appuie sur le lavabo. C'est comme des slaves, même pas le temps de souffler parfois. Je demande à aller sous l'eau chaude. Malheureusement, la piscine n'est pas dispo. Elle me masse le bas du dos en alternance avec la sage-femme qui appuie sur mes lombaires, sur le sacro illiaque, bref tout ce qui peut me soulager sur l’instant. J’ai l’impression qu’à chaque massage avec la lavande, j’ai une dose d’endorphine qui me submerge. C’est tellement bon d’être shooté naturellement. Je suis à je ne sais plus quel niveau dans le vortex, mais je suis bien loin en tout cas et proche de la fin. Pendant la contraction, je me lâche carrément et je pose ma tête sur le mur et je me laisse toute molle pour encaisser. Je demande à M carrément de tenir le pommeau en direction de mon dos. Je sors, car je sens que ça pousse en bas à chaque nouvelle contraction. Je sens les contractions quasiment toutes 3 min ou 2 min. C'est tellement intense. Je commence à paniquer. Quelle folie ma prise de vouloir accoucher sans péridurale. Sur le coup, c'est tellement violent que j'en ai la nausée et une hypoglycémie. Je croque 2 ou 3 dattes vite fait. La sage-femme vérifie à ma demande. Bébé arrive. Il est engagé en tout cas. Je lui dis que ça pousse là, mais vraiment. Elle dit à ma sœur : "En général, lorsque les mamans disent ça, c'est que la naissance est très proche. Rejoignez-nous en salle de naissance vite". On a pas le temps de prévenir mon mari, au final lui et ma sœur s'étaient mis d’accord sur qui allait rester me soutenir durant l’accouchement. Ma sœur voulait y assister, mon mari n’y voyait pas d’inconvénient, et de toutes les façons, notre fils avait énormément besoin de lui. 23 h 10 environs Et là a ce moment je panique pour de vrai. Il ne devait être pas loin de 23h10 environ. Car entre l'arrivée dans la salle de naissance et l'arrivée de toi Elias, ma sœur m'a dit qu'il ne s'est écoulé que 20 min. Pour moi, ce fut l'éternité. Avant de partir, je me souviens de cette conversation : Moi : je ne vais jamais y arriver, ce n'est pas possible, je vais mourir ici. Je veux la péridurale, je veux la péridurale, je veux la péridurale, ça fait trop mal !!! Sage-femme : vous croyez en vous ? Vous allez y arriver. Vous avez très bien géré jusque-là. Moi: non ce n'est pas possible, je ne vais pas y arriver. Sf : regarde-moi dans les yeux ! Tu crois en toi oui ou non ? Tu vas abandonner maintenant ? Moi: oui je crois en moi, mais je ne sais pas si j'en suis capable.. Sf: tu vas y arriver, je vais t'aider, je vais te coacher ! Tu es dans la phase de désespérance, tu te souviens, c'est toi qui m'en as parlé. Moi: oui (avec des gros sanglots dans la voix, mais pas des larmes). Sf: alors on y va ! On se dirige vers la salle de naissance, je n'arrive même pas à marcher, les contractions sont quasiment toutes les 30 secondes voir moins. Je me couche sur le côté et je ne me retournerais pas avant la naissance. À chaque contraction, je sens mon bébé qui descend. Je le sens. Ça fait mal. Ça tire. Ça fait très mal. Je ne me reconnais plus. Je sais juste que j'ai hurlé comme jamais je ne l'ai fait. Parfois aigus mais parfois graves. Lorsqu'ils étaient graves, je sentais cette puissance en moi, on aurait dit une lionne qui rugissait. À un moment, je me dis dans ma tête, un instant de lucidité, je crois : " Bientôt le cercle de feu, tu vas l'avoir ton bébé, mais tu vas souffrir. Là, si tu abandonnes tant pis pour toi. Faut que tu te battes maintenant. Reprends-toi tout de suite. C'est maintenant que tu dois te prouver ce que tu recherches !" Je retourne dans ma folie et là, je pousse ou mon corps pousse je n'en sais rien, mais ça pousse en tout cas. Et là, je le sens ce cercle de feu. C'est tellement intense. Je m'endors littéralement entre chaque contraction. Et ça reprend et je m'endors. 4 ou 5 fois. J'ai peur de pousser, mais ça me soulage de le faire. À un moment ça devient très dur. Je serre le bras de ma sœur tellement fort. Je hurle dans le coussin. Ma sage-femme me dit que lorsque qu'elle me le dira, il faudra que j'arrête de pousser. En fait, elle n'a même pas eu besoin de me le dire. Je l'ai senti instinctivement. Quand elle m'a dit "stop" j'avais déjà arrêté et je soufflais intérieurement. Elle me dit ensuite que bébé est là et qu'il a beaucoup de cheveux. Une dernière poussée et il sera là. À ce moment dans ma tête, c'est Bagdad !!! C'est la guerre entre "je laisse tomber je n'en peux plus c'est trop dur" et " vas y Lia vas y comme jamais tu n'y es allée, c'est le moment de tout donner ton âme ton énergie tout ce que tu as, sinon tu vas continuer à souffrir bêtement". J'ai choisi la 2e solution et là je change de personnalité. Je passe de celle qui crie, car elle a "peur" d'avoir de nouveau mal à celle qui crie pour se donner de la force et de la puissance à cette ultime poussée. Je dis à mon bébé : "allez mon petit, on va y arriver, tu vas sortir, on va y arriver". En même temps je prie comme jamais je n’ai prié. Je demande à Dieu de m’aider, d’être avec moi, de me soutenir. Je prends une grande respiration entre la première et la dernière contraction et là, je donne tout. On me laisse attraper mon bébé, je le prends, le regarde, le sens. Mon bas-ventre est en feu, tout mon corps tressaille de joie, des tremblements me prennent tellement j'ai de l'adrénaline qui submerge mon corps en même temps que l'hormone de l'amour, l'ocytocine. Je suis complètement ailleurs et présente en même temps. Je ne réalise pas encore ce que je viens de faire. On me laisse attraper mon bébé, je le prends, le regarde, le sens. J’ai vraiment cette impression comme l'explique si bien Karine, d’avoir “fini de télécharger” l’âme/l’esprit de mon bébé. C’est si bon. Je me sens vraiment bien. Mon périnée est intacte, juste une déchirure très minime qui ne sera que d’un point. Mon retour en chambre était juste magnifique. Je me souviens que pour la naissance de S sous la péridurale, j’étais complètement shooté, mais vraiment. Je me sentais très mal, mal au dos, plus de sensation dans les jambes, une déchirure de 7 points. Rien à voir avec un accouchement physiologique. Je ne remercierais jamais assez les 3 sages-femmes de la filière ANAE qui m’ont encouragé et soutenue jusqu’au bout, qui ont été présentes pour moi, même le jour J, pourtant, je n’étais plus censée être avec elles. Karine pour ces cours qui sont d’une valeur inestimable. J’ai appris tellement sur moi, femme et maman et donner la vie. Ma petite sœur avec qui un lien très spécial a été créé ce jour-là. Qui pendant mon marathon a été cette douce présence à la fois visible et invisible. Ma nièce R qui a été d’un soutien tellement précieux. J’avais l’impression qu’elle était à côté de moi à chaque moment. Mon mari qui m’a soutenu durant tout ce temps et encouragé dans mon souhait de vouloir avoir cette naissance naturellement. Ma maman qui m’a donné toute sa force et son courage même à 8 000 km et qui a cru en moi. IEt mes 2 garçons qui, je le sais, étaient déjà connectés bien avant la naissance. Et à tous ceux qui savaient de près ou de loin que je souhaitais accoucher naturellement, je vous dis merci pour vos encouragements et vos prières. Aujourd'hui lorsque je finis de rédiger ce récit, je me dit que mon premier garçon m'a fait devenir maman, et mon 2e garçon a transformé ce passage une seconde fois. Grâce à eux 2, j'ai découvert une nouvelle partie de moi. Un courage que je ne connaissais pas et une ténacité d'esprit que je pensais ne pas avoir. Je voulais cette naissance naturelle pour me le prouver car oui, il faut du courage pour encaisser la douleur. Ce n'est pas un exploit mais cette expérience a changé quelque chose en moi. Je me sens différente. Peut-être que durant cette fameuse phase de téléchargement de l'esprit de mon bébé, j'ai aussi reçu quelque chose.